merci à tous ceux qui viennent un instant partager mes mots, mes passions, mes lectures, mes textes
écrits, de ci , de là --- je construis ce blog tranquillement --- en espérant l'enrichir au fil du temps -
Tu vois --- les fêtes ne sont plus très loin
Et le saumon à l’aneth
Pierre regarde Mathilde .
Mathilde regarde pierre
Ils n’en finissent pas de se regarder.
Et pierre n’arrête pas de parler
Le restaurant est plein de monde, de ce monde parisien d’un soir de semaine, monde bigarré et cosmopolite , amoureux transis sans doute, hommes et femmes qui parlent d’affaires et sûrement d’argent, amants d’un soir et histoires d’amour qui se croisent , se décroisent, retrouvailles et séparations, peut être ….
Parfois Mathilde n’entend plus la voix de pierre à cause du brouhaha qui n’en finit pas
Ils ont vieilli tous les deux depuis la dernière fois
La dernière fois c’était il y a 25 ans
Une rencontre un soir sur un trottoir des halles et une amitié peut être un peu amoureuse --- ces instants passés, cinés partagés, éclats de rire , quelques larmes versées et confidences sans oreillers.
Et puis la vie, l’oubli, pierre et Mathilde ont continué et le temps a passé, coulé et tout a disparu – sauf les souvenirs -
Pierre est là ce soir, revenu soudain, tempes grisonnantes, plus beaucoup de cheveux mais les lunettes toujours un peu de travers – Mathilde retrouve cette voix, celle là même qui lui parlait quand elle avait 20 ans et que souvent elle déraisonnait.
Tout vibre dans sa tête , pierre qui séchait ses larmes de presque adolescente et qui l’engueulait quelques soirs – l’épaule de pierre sur laquelle elle se posait –
Elle écoute dans ce restaurant bondé, ce soir là, cette même voix qui résonne au fond d’elle même .
Parfois elle a du mal à entendre
Il y a quelques jours, Mathilde n’a eu de cesse sans qu’elle sache vraiment pourquoi de retrouver pierre- a un coin de rue, dans une boîte jaune elle a glissé son message, peut être appel au secours, peut être besoin de retrouver le passé, peut être rien , peut être tout --- elle ne sait plus – sur la boîte jaune il était écrit que son message partirait à 15 heures pour rejoindre pierre – Mathilde ce jour là s’est sentie brusquement soulagée.
Elle a su que pierre reviendrait de là ou il était et au bout de 25 ans d’absence
Le silence est rompu
Pierre est revenu
Elle est là , face à lui, accoudée à cette table de resto
Pierre a commandé un saumon à l’aneth et une vodka- elle n’arrête pas de fumer tout en mangeant sans doute quelque chose et guette son portable- Mathilde a menti pour aller revoir pierre
« - et dans dix ans , tu as pensé a ce que sera ta vie dans dix ans ? tu attends quoi ? j’ai dix ans de plus que toi et je peux me permettre de te le dire «
statufiée, immobile, impassible et tirant toujours sur sa cigarette, certainement très pâle, elle écoute cette voix qui lui énonce avec ce sourire qu’elle n’a jamais oublié, ces vérités qu’elle se répète depuis des mois
vérités qui lui font mal mais qui sont les siennes, vérités d’une histoire qui s’écroule, de son histoire qui se fait la malle
et dans sa tête revient brusquement ce « pierre dis moi la vérité « qu’elle a tant aimé, pierre --- dis moi la vérité, rue de seine, dix heures du soir et le chapeau qui tombe
rue de seine, dix heures du soir
et tout se met à tomber
pierre énonce calmement la vérité , sans ambages et sans détours
« - quand je te vois là devant moi, j’ai envie de te dire de fuir, après ce sera bien trop tard – tu m’as sans doute appelé pour entendre cela »
oui, sans doute pierre pour que je puisse enfin prendre le risque de ne plus jamais me retourner, pour que je puisse décider de tirer un trait sur une partie de ma vie, pour que mon histoire bascule,
oui je t’ai appelé pierre
Mathilde revoit la boîte aux lettres jaunes et ce coin de rue --- avec la boulangerie a côté où elle est allée chercher sa baguette après avoir mis sa lettre
Le feu rouge qui clignotait et les voitures qui la croisaient
La vie qui continuait – et la boite jaune, appel au secours , Titanic qui se met à couler, naufrage, sans appel, terminé ---- je sombre
Pierre, dis moi la vérité
La vodka qu’il vient de terminer
La cigarette qu’elle vient d’allumer
Entend le bruit des voix autour d’elle, des gens qui parlent de la vie, de leur vie, d’argent , d’amour et de haine , les gens qui se lèvent et qui s’en vont ailleurs
Elle a la tête qui tourne un peu et envie de pleurer
Dans sa gorge tout se noue mais elle résiste
Il fait froid en ce mois de novembre et on grelotte sur le trottoir de l’avenue kleber, trottoir désert à cette heure là – le portable de mathlide n’a pas sonné
Pierre sur le trottoir et dans le froid prend Mathilde dans ses bras et la serre contre lui un peu comme on prendrait un enfant et dit, face aux arbres dénudés
« tu vois , on sent que les fêtes de fin d’année ne sont plus très loin, les arbres sont tout gelés »
Mathilde sourit --- ravale ses larmes --- les fêtes de fin d ‘année c’est dans un mois et les arbres sont déjà tout gelés – pierre est là , près d’elle – histoire inachevée, amour amitié plusieurs décennies derrière, pierre dis moi la vérité – boîte jaune au coin de la boulangerie, 15 heures ce jour la et l’avenue kléber qui grelotte
Saumon a l’aneth et vodka et quelques cigarettes
Elle doit rentrer chez elle
Fonce jusqu’au pont de Neuilly et le portable se met à sonner
Pierre qui ne cesse de lui rappeler que la vérité et la vraie vie n’est pas très loin – au delà des arbres gelés
La voix de Mathilde se casse et dans la nuit du pont de Neuilly, elle sait que jamais elle ne se retournera- derrière elle la rue Kléber, devant elle la promesse d’une autre vie
En rentrant chez elle, Mathilde a un peu mal au cœur
Elle regarde sa maison et se dit simplement que cela lui fait drôle
Dans quelques temps elle ne sera plus là –
Le Titanic a définitivement sombré et Mathilde n’a plus envie de pleurer
« dans dix ans , Mathilde, tu as pensé à ce que sera ta vie ? »
elle a simplement ce soir là fermé la porte à clefs
LA GLYCINE
C’était un soir du mois de novembre
Comme souvent les mois de novembre, ciel de traîne, gris sans fin et nuages qui n’en finissent pas de s’étirer.
La maison est là, seule , délaissée, inoccupée, vide de toute âme ;
Ceux d’avant sont sans doute partis,, disparus, au bout du monde, séparés, exilés dans un ailleurs qui est le leur
ceux d’avant, ceux qui ont vécu là, dans ces murs ne sont visiblement plus là
la maison est vide et somme toute un peu sinistre
Mathilde devant ce décor insolite observe les murs, plus très frais, et très décrépis ….murs qu’il faudra sûrement ravaler un de ces jours
Toit un peu pentu sur lequel l’été doit fleurir de la glycine , ou du lierre…
mais non se dit elle le lierre ne meurt jamais
Le lierre, il change de couleur l’automne mais il reste toujours là, le lierre il est jaune et ocre, orange, rouge mais il ne tombe jamais
Donc c’est sûrement de la glycine puisque aujourd’hui, en ce mois de novembre, 17 novembre exactement , il n’y A plus rien sur les murs de la maison , rien que des traces de quelque chose qui sûrement refleuri un jour
Mathilde sourit et se dit qu’elle est vraiment un peu stupide
Le lierre , lui serait là , au mois de novembre… pas la glycine qui meurt et ressuscite chaque année –
Elle se rappelle alors ce printemps là, plein de glycine mais si loin à présent. Celui d’avant tout cela, celui d’avant cette vie là .
Elle est là, Mathilde, très jolie, cheveux d’or sous la pluie, imperméable fermé à la ceinture, bottes en cuir noir – jeune , encore jeune et un sourire qu’elle affiche , imperturbable, sourire un peu triste
Mathilde voit la glycine descendre le long du toit et remarque l’auvent juste devant la terrasse qu’elle imagine inondé de soleil, certains soirs d’été – tomates mozzarella et vin blanc qui coule au fond de la gorge, air d’accordéon un peu ringard dans le lointain et éclats de rire – il doit sûrement y avoir un barbecue quelque part -
Elle est plantée là , tout à fait placide , attendant que l’agent immobilier chargé de faire visiter la maison ouvre les portes
A côté d’elle, un homme qui se fout éperdument de la glycine, et encore plus du lierre et qui attend sous la pluie que ce type vêtu en costar cravate tout à fait ridicule se décide à les faire entrer
Un homme , très beau dans sa prestance, bien plus âgé que Mathilde, costume soigné et chaussures cirées, avec son portable à la main qui ne cesse de sonner et de lui rappeler que l’amour a quand même des limites et que la réalité est là, toujours là – l’homme répond sans cesse et Mathilde n’entend rien – elle ne regarde que la maison et la glycine qui dégouline
Elle est , enfin entrée dans la maison , devançant l’homme toujours cloué à son téléphone – elle est entrée dans la maison un peu comme on rentre dans une église, et le signe de croix qu’elle n’a pas fait n’était plus très loin – ses bottes de cuir ont fait sur le sol un bruit étrange,’elles étaient trempées de pluie.
*elles ont laissé des traces d’eau sur le sol carrelé
Mathilde a desserré la ceinture de son imperméable beige parce qu’elle commençait à avoir chaud et a remis en arrière ses cheveux trop humides
Elle n’a plus rien dit, plus parlé, son sourire a disparu
Elle a traversé les pièces, les unes après les autres, sans aucun bruit et parfois en soupirant
Caressant presque amoureusement les murs environnant
L’homme la suivait, et ne dialoguait que derrière son portable qu’il ne lâchait jamais, jetant un coup d’œil parfaitement indifférent sur le décor dont il semblait se foutre totalement.
Elle a continué son chemin , seule dans ce monde inconnu et soudain , magiquement lui sont apparus des visages qu’elle ne connaissaient pas , sortes de fantômes surgis du néant
Rires d’enfants dans le salon et chamailleries sans fin, anniversaires et bougies soufflées dans la cuisine au rythme des années qui passent, chambres d’adultes remplies de murmures et de mots d’amour --- et puis , la vie qui trace, qui continue son chemin, enfants qui s’en vont et parents un peu seuls, larmes et tant de nostalgie – séparations peut être trop compliquées pour être dites et une immense mélancolie
La vie face à elle et la mort plus très loin . et la peur si près d’elle .
Mathilde dans la maison trop vide a touché chaque pierre ce soir de novembre et les murs se sont l’un après l’autre écroulés
Elle a vu la glycine mourir et le toit si pentu s’effondrer
LE Vin blanc sec devenir amer au fond de sa gorge et le soleil d’été s’effilocher lentement – la terrasse a disparu
Lorsqu’elle s’est trouvée dans la dernières pièce, celle qui aurait pu receller ses trésors, ses désirs, ses souvenirs, celle où on met tout pour l’éternité, ses bottes sur le carrelage ont soudainement claqué violemment et l’homme derrière elle a sursauté et rangé son portable dans sa poche
Le silence est tombé d’un seul coup
Mathilde, alors que la pluie claquait sur les fenêtres, au milieu de cette pièce nue de toute âme s’est mise à pleurer lentement, sans bruit, son regard posé sur la dernière fenêtre, celle face au jardin
L’homme n’a pas bougé
Les fantômes du passé se sont volatilisés
Mathilde n’a pas eu le temps d’imaginer ou elle pourrait poser sa vie, dans cette maison si désolée et si solitaire – l’homme près d’elle n’imaginait plus rien, n’avait jamais rien imagine – il ne cessait de dire que la pluie avait abîmer son costume qu’il était temps de rentrer et qu’il lui faudrait encore retourner au pressing
Mathilde est passée devant la cuisine où elle aurait pu mettre son frigo
Elle a entendu une nouvelle fois ce goûters fabuleux, d’avant elle , d’avant eux, d’avant les enfants qu’elle n’avait ps et qu’elle n’aurait jamais
L’agent immobilier attendait devant la porte restée entreouverte, l’air morose et un peu exaspéré
Mathilde est ressortie, lèvres serrées, l’imperméable à présent totalement ouvert sur sa jupe noire et ses bottes en cuir, les yeux sans larmes
Elle a touché la dernière pierre juste sous le toit avant que la porte ne se referme sur ses reves impossibles
Elle est restée là, face à la maison et à la glycine envolée
L’homme avec son costume trempé et son portable enfin calmé
Et l’agent immobilier raide et à présent , vraiment très énervé
Elle est restée là
Et s’est dirigée, ses bottes sur les dalles de l’allée vers sa voiture garée au bout de l’allée
Et tout s’est évaporé .
23 juillet 07
SCENES DE VIE
Alors tu vas vraiment faire ça ?
Évoquer tes souvenirs d’enfance --
Mois d’octobre brumeux plus très loin d’un hiver qui sera sûrement très froid, comme souvent dans ce pays devenu le sien
Ce matin là, octobre triste, feuilles en pagaille sur la pelouse, elsa vient de se lever
Il est encore très tôt
Le jour étire ses gris et ses mauves pour se remettre à vivre
Odeur de café dans la cuisine et silence absolu -
Les enfants dorment ; dans quelques minutes il faudra les réveiller, préparer leur petit déjeuner, les emmener à l’école avant de regagner paris pour se rendre à cette audition qu’Elsa attend depuis des semaines.
« Évoquer tes souvenirs d’enfance « ! se répète t’elle encore et encore,
Elle ne sait pas du tout pourquoi tout ce fatras lui revient sans raison, dans la tête ce matin, ces mots qui finissent par lui vriller les tempes
Mais pourquoi ? Pourquoi encore tout ça ?
C’est si loin !
Je dois faire ce que je veux faire et oublier --- ! Ne plus penser
La tête d’Elsa explose.
Dans la salle de bains presque glaciale, l’œil rivé sur le miroir pour tenter maladroitement de se dessiner de jolis yeux, Elsa soupire
Pour quoi cette phrase insolite, presque venue d’ailleurs ?
Elle se trouve belle et soudaine tellement moche qu’elle a envie de pleurer –
Les enfants cartables si lourds sur le dos sont prêts pour le chemin de l’école, le regard encore embué de sommeil --- leur mère dans la voiture n’entend qu’a peine leurs rires
Oscar et clarisse ne voient pas le désarroi
d’Elsa – oscar et clarisse ont 5 et 7 ans et le monde leur appartient –
L’école et les portes qui s’ouvrent – rires qui s’envolent -- dans les bouches ce matin il fait déjà si froid que la buée forme comme de la fumée qui
disparaît vers le ciel – les cartables sautent sur le dos et tout ce petit monde s’apostrophe gaiement – oscar et clarisse oublient soudain que leur maman existe et se ruent vers la cour de
récré
À ce soir, je vous aime, travaillez bien et la voiture fait une embardée pour regagner paris –
Je vous aime….
Évoquer mes souvenirs d’enfance !
Et ce regard soudain si triste vers la cour de l’école
Elsa, dans sa voiture, fonce, ne sait pas ou ne veut pas savoir qu’elle roule trop vite, perdue dans ses chimères qui depuis des années la poursuivent.
Le jour à présent levé ---
La scène, personnages qu’elle imagine être, un jour--- Phèdre au labyrinthe ou Chimène amoureuse, « Rome unique objet de mon ressentiment » murmure t’elle --- dans un souffle – elsa l’a tellement rêvé que son mari a fini par s’éloigner– Philippe lui aussi est déjà ailleurs.
Aujourd’hui, perdue dans son propre labyrinthe, elle fonce vers paris – elsa si blonde, et si fragile n’en finit pas de souffrir
Pont de saint Cloud et embouteillages –
Elsa s’énerve – pare-chocs contre pare-chocs et la pluie à présent, qui dégouline sur les vitres de la voiture, qui dégouline dans la vie et dans les yeux d’elsa.
Elle pense à oscar si petit et clarisse devenue si grande, déjà, et finit par se dire qu’elle a loupé sa vie, de femme, de mère, sa vie entière en tentant d’attraper des ombres qui n’en finissent jamais de lui échapper – elle va être en retard et elle loupera son audition – les larmes continuent de couler sur les joues d’elsa en même temps que son maquillage alors que les essuie-glace redoublent de puissance sur le pare- brise
La radio --- mettre la radio. Ne plus penser.
Elsa met la radio
Elle écoute sans même vraiment entendre Le récit sanglant d’un attentat à Bagdad, les présidentielles qui s’affolent
Et la météo – pluie et vent sur paris.
Soudain, sans vraiment y croire elsa entend une voix nasillarde énoncer le scoop qu’elle n’attendait pas ce jour là, à ce moment là, précisément, et ce qu’elle ne voulait surtout pas :
« Eva trilovski est attendue ce soir à new York- cette immense virtuose du piano se produira pour un concert exceptionnel face à un parterre composé de personnalités importantes …..
Souvenirs d’enfance …qui surgissent comme un boomerang dans sa tête.
Sa mère si loin ce soir, à plus de 6000 kms.
Toujours si loin depuis toutes ces années, loin d’elle, loin de son père disparu depuis des années.
Sa mère, devenue un jour eva trilovski
Avant, elsa avait une mère avec un vrai prénom—et puis les départs de plus en plus souvent, les anniversaires avortés, les noêls en solitaire --- l’absence et le vide
Et puis un jour, eva trilovki a envahi les scènes les plus prestigieuses du monde …Elsa a fini par oublier cet avant là.
Ce nom, superbe de pacotille, qui a effacé à tout jamais celui de son père et qui a fini par effacer sa vie tout court !- Elsa avait 12 ans lorsque son père a été transporté d’urgence à l’hôpital un soir de décembre, quelques jours avant noël – les médecins ont parlé de trop de médicaments et d’une sorte de fêlure à l’âme.
Elsa n’a jamais revu son père
Elle a alors imaginé qu’il devait être parti en voyage, pour longtemps comme sa mère, toujours autour de la planète.
Elle s’est mise à attendre, sans répit, le retour de ce père devenu son héros
Noël et ses paillettes se sont éclipsés le jour où elle a compris qu’il ne reviendrait jamais.
Elsa hausse les épaules.
Retentit alors une des polonaises de Chopin, une de ces polonaises qui laisse le temps suspendu, celle la même qui a bercé l’enfance d’elsa et au delà des embouteillages, tout éclate, se métamorphose
La musique irradie le périphérique
Elsa a cessé de pleurer et écoute les notes qui volent sur le clavier et qui l’envahissent.
Sa mère qu’elle ne revoit plus que sur des magazines glacés, vient de reprendre le devant de la scène.
Je ne veux plus de ces souvenirs, je les hais, hurle elsa alors que la circulation devient de plus en plus fluide – elle éteint la radio d’un coup sec et dérape sous la pluie.
Un automobiliste furieux lui assène un coup de klaxon tonitruant.
Elle hurle n’importe quoi, l’autre l’insulte et file vers Paris.
Chaussée glissante,
Pancartes éclairées --
Boulevard périphérique ,20 minutes,
Circulation devenue fluide
Presque 2 heures dans la voiture
Oscar et clarisse dans la cour de récré à cet heure là ….
Philippe est loin, loin d’elsa et s’en fout – depuis dix ans il est un habitué de son âme à la dérive – elsa s’en fout aussi – son histoire la rattrape-
Chopin s’est tu une fois pour toute –Chopin est mort.
Rien n’existe plus dans la tête d’elsa que le visage et le corps de son père ce soir là, et sa mère, si blonde, belle ,adulée et glaciale.
Ce piano , immense dans un salon sans âme , ce piano noir et
magique – ces mots là absents, sans vie, qu’on ne disait jamais – ce silence masqué par les notes qui vibraient dans la maison, trop grande, trop
vide tous les soirs – l’indifférence d’un regard, la souffrance d’un homme qui attend, la quête d’une toute petite fille –
Et ce nom qui résonne, ce nom là qui a tout gommé ….ce nom qui fait mal.
Elsa a dépassé le pont de saint Cloud et la pluie vient de s’arrêter
A 16h04 ce jour là, un morceau de soleil est apparu sur
paris
A 16h04 Sur une scène d’un quartier de paris, les souvenirs d’enfance d’elsa s’évaporent peu à peu et le monde s’ouvre à elle.
A 16H04, oscar dans sa classe dessine son papa, sa maman et sa sœur, avec de jolies couleurs.
A16h04, clarisse se demande si sa mère ce soir sera là pour lui raconter son histoire préférée
A 16h 04, Philippe soupire en se disant qu’elsa a sans doute besoin de lui, elle est tellement fragile
A 16h28 toutes les télés, toutes les radios se taisent pour un communiqué spécial
« L’avion american airlines vol 411 à destination de new York a explosé en plein vol à quelques minutes de l’atterrissage – on ignore les circonstances exactes de cet accident – une enquête est ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un acte terroriste – a son bord, eva trilovski qui devait se produire ce soir au Carnegie hall a trouvé la mort –
Il était exactement 10h04 à new York, ce mois d’octobre là.
LA VIEILLE MAISON ---- REVES D ENFANTS
Mathilde avait eu l’idée, quelque peu saugrenue, de faire un détour pour retourner voir la maison de son enfance
Depuis plus de 15 ans, elle attendait secrètement ce moment là. Elle n’en parlait jamais. Personne autour d’elle n’en parlait plus jamais, d’ailleurs.
Alors, depuis tout ce temps là, Mathilde se taisait.
Mais elle savait qu’un jour il lui faudrait y retourner.
Ce jour là, seule dans sa voiture, plutôt que de continuer sa route elle tourna brusquement sur sa gauche … pincement au cœur mêlé à une folle impatience qu’elle ne dominait qu à peine.
Elle passa devant la route caillouteuse sur laquelle petite, elle pédalait sur son vélo et se retrouva trop vite face au grillage rouillé, sur lequel pendait misérablement un vieux cadenas probablement là depuis des siècles. Les nouveaux habitants avaient certainement déserté les lieux, à leur tour, comme eux avant ….
Mathilde s’extirpa de sa voiture garée n’importe comment, la gorge nouée et s’immobilisa, les bras ballants face à la demeure. Dans un coin il y avait un banc de pierre, sur lequel se souvint elle son père venait parfois s’asseoir seul certains soirs pour réfléchir disait il et sa cigarette faisait une drôle de lueur rouge dans la nuit au milieu des volutes bleues.
A quoi pouvait-il réfléchir ainsi ?? Mathilde ne l’a jamais bien su
Une ou deux statues moisies, les treillages décloués par le temps qui
Pourrissaient sur le mur-
Plus d’allée ni de gazon, tout avait disparu… du chiendent partout…
Je déteste tellement le chiendent, c’est triste, c’est moche, le chiendent c’est comme la fin d’une histoire …ça finit par faire tout crever …….
Mathilde posa sa main tremblante sur la poignée énorme du portail en fer forgé dans l’espoir insensé d’arriver à ouvrir cette foutue porte qui resta obstinément close comme pour la narguer.
Elle se souvint alors du petit muret derrière la maison qu’il suffisait d’enjamber pour se retrouver au milieu du jardin et de ses jeux d’enfants qui la faisaient tellement rire autrefois. Malgré l’appréhension qui l’envahissait de plus en plus à l’idée de s’introduire ainsi, sans préavis, au pays des souvenirs, elle sauta par-dessus le mur.
En un instant elle se retrouva plongée au milieu de son univers disparu.
Le jardinage était parti et la nature était revenue
Les arbres s’étaient baissées vers les ronces, les ronces étaient montées vers les arbres, la plante avait grimpé, la branche avait fléchi, ce qui rampe sur la terre avait été trouver ce qui s’épanouit dans l’air, ce qui flotte au vent s’était penché vers ce qui se traîne dans la mousse
Troncs, rameaux, feuilles, fibres, sarments, épines, s’étaient mêlés, traversés, mariés, confondus et la maison, plantée au milieu de toute cette misère, énorme, quelques tuiles arrachées, les portes vermoulues, les murs entièrement couverts de lierre et de mousse, la maison qui s’affalait, se décomposait, se mourait peu à peu
Et le cœur de Mathilde qui battait à tout rompre, et ce sentiment d’abandon qui la submergeait et ce suffoque ment soudain qui gonflait, l’étreignait lui coupant la respiration
Mathilde ferma les yeux et se sentit vaciller. Elle voulut rire, elle voulut hurler, elle espéra pleurer. Elle ne fit rien du tout et resta debout. Les fantômes alentour se mirent à murmurer à son oreille quelques incantations sans fin.
La maison venait de s’écrouler, le banc de pierre de se disloquer, le chiendent de terminer ses ravages.
Mathilde reprit sa route, celle qu’elle n’aurait sans doute jamais du quitter, tourna de nouveau face au petit chemin caillouteux pour s’engager vers la nationale.
Le monde enseveli sous une brume opaque était d’un seul coup devenu désertique.
Janvier/février 2008
Après toutes ces années, Vincent était revenu à Rome, sous prétexte de revoir un vieil ami oublié . A Peine débarqué de l’avion, il se retrouvait à présent debout, en plein milieu de la rue, face à la basilique saint pierre, trainant derrière lui une vieille valise à roulettes qui sautait gaiement sur les pavés.
quelques jours auparavant il avait ressenti les premiers signes du mal, celui venu sans crier gare lui coller dans la tête ce besoin irrépressible, presque vital de revenir dans la ville où il avait rencontré son premier amour de jeunesse … presque 30 ans avant …Antonella tant aimée, mille fois quittée, mille fois retrouvée….jusqu’à ce jour où elle était partie vivre à l’autre bout du monde, sans espoir de retour.
Vincent ne savait pas pourquoi soudain ce brutal rappel du passé alors que rien dans son existence tranquille ne semblait le présager … peut être ces italiennes
croisées l’autre soir dans un restaurant … peut être sa solitude qui devenait de plus en plus pesante depuis son deuxième divorce … peut être ces photos qu’il avait retrouvées en rangeant un tiroir . instants fugaces très vite remisés …peut être simplement le monde qui continue de tourner …..le temps qui continue de passer …. rien n’avait pu le dissuader de renoncer à ce désir brutal, pas même sa propre conscience.
Vincent avait immédiatement acheté un billet aller et retour, retrouvé à l’issue de quelques recherches l’adresse de Paul son vieil ami, copain de fac, poète à ses heures venu s’exiler en Italie depuis des années. Quand Antonella était partie, Vincent avait gardé quelques contacts avec Paul, de plus en plus clairsemés au fil du temps qui avaient fini par s’évanouir définitivement ne laissant que des souvenirs lointains et disparates.
à présent, il était planté là, devant la basilique alors qu’un un groupe de séminaristes tout de noir vêtus, semblait venir vaillamment à sa rencontre . Derrière ses lunettes à la John Lennon, un peu démodées, Vincent regardait sans y prêter vraiment attention ces hommes se diriger d’un pas assuré vers lui , en lui fonçant dessus ,alors que la ville délaissée depuis toutes ces années venait insidieusement de le reprendre à la gorge avec ses couleurs, ses odeurs, les fontaines alentour et l’accent chantant de l’Italie qui se répercutait sur les murs de la basilique. Tout venait de s’allumer .
Les cloches se mirent à sonner à toute volée et Vincent sentit monter en lui une émotion presque étouffante, de celle qu’on garde longtemps au fond de soi ; les souvenirs affluaient les uns après les autres, s’emmêlaient, se percutaient ,l’envahissaient sans qu’il puisse rien y faire : il n’avait plus 56 ans mais 25 à peine .
L’histoire venait de faire un volte face imprévu ;
Elle lui revenait en vrac, sans préavis, parfois un peu tronquée.
.Il s’assit sur un banc isolé au milieu de la place saint pierre, près de la fontaine. Il retira son manteau dont il n’avait plus besoin, passa sa main dans ses cheveux presque gris à présent , alors que le groupe continuait d’arpenter le pavé. Vincent se demanda d’où ces hommes pouvaient sortir avec leur chapeau noir sur la tête, certains le nez levé vers les étoiles priant sans doute on ne sait quel dieu, d’autres absorbés par d’invisibles et obscures pensées .
Malgré lui , Vincent , habituellement si peu enclin à la distraction, si enfermé dans son quotidien, si maîtrisé dans ses sentiments se mit à rire sur son banc , de plus en plus fort au point d’attirer l’attention des hommes de dieu qui l’air éberlué se demandèrent probablement à l’unisson ce que ce pèlerin faisait là, immobile, le regard fixe ,à rire tout seul , une valise en piteux état à ses pieds.
C’est a ce moment là que ,Vincent remarqua un couple, presque des enfants, adossé à un des piliers de la basilique . L’un et l’autre trop amoureux pour s’intéresser au reste du monde, semblait bien loin … ; heureux sans doute, d’être là, tous les deux se dit Vincent … la fille est jolie . Antonella devait avoir à peu près le même âge quand je l’ai rencontré, presque aussi jeune avec une robe d’été inondée de fleurs.
Elle était assise à la terrasse d’un café sur une des nombreuses places de Rome grouillante de monde et de touristes en cette période de l’année . Vincent par hasard, au détour d’une escapade, passait par là et s’était assis à la table d’ à côté . Il était jeune, encore étudiant et la vie coulait sans failles .Il avait allumé une cigarette, commandé un cappuccino bien fort et entendu tinter le rire d’Antonella …. Le rire d’Antonella qui avait brusquement éclaté ce soir là sur cette place romaine et dont le souvenir vint casser d’un coup sec et sans retour le sien …. . le rire d’Antonella qui avait fini par le hanter plus tard , au fin fond des ses jours et ses nuits …
Le regard des séminaristes s’est détourné . Ils ont continué leur chemin. Vincent ne souriait plus .
Il avait pris sa tête dans ses mains et continuait à fixer le jeune couple, se demandant bêtement ce qu’ils allaient devenir, tous les deux, dans 10 ans, 20 ans …, toutes ces années à passer … peut être marié, peut être amoureux, toujours amoureux, peut être plus rien que ce souvenir fugace de la place saint pierre un soir de printemps … souvenir de plus en plus nébuleux a cause du temps qui finit toujours par jaunir la photo. Peut être la même nostalgie que celle qui venait à l’instant même de s’emparer de lui ….. le visage d’Antonella en demi- teintes dessiné sur la basilique saint pierre et toutes ces années qui venaient de s’écouler. …